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Date : 27 04 2020
Catégorie : Audap

Nathalie Motsch, Présidente de l’Audap, et Denis Caniaux, Directeur général, vous proposent une tribune dédiée au COVID-19, véritable temps de réflexion et de projection autour des premiers enseignements de la pandémie. L’Agence se veut ainsi plus que jamais au service de ses membres. Son mot d’ordre « jouons collectif » vient en écho au mot d’ordre étendard de cette crise sanitaire : « solidarité ». La crise du Covid-19 nourrira à terme le Contrat-Projet 2020-2025.

 

TRIBUNE

Nathalie Motsch, 
Présidente de l’AUDAP

Denis Caniaux, 
Directeur Général
de l'AUDAP

Point de grandes envolées ou de leçons à donner. Nous n’étions pas prêts, nous n’avions pas imaginé la situation, pas besoin de le nier. Et bien malin celui qui affirmerait le contraire …

En premier lieu, il convient de saluer avec respect les personnels qui sont en première ligne : l’ensemble des personnels de santé bien sûr, médecins urgentistes, réanimateurs, infectiologues, infirmiers-ères, aides soignant(e)s, ambulanciers-ères qui soignent avec un dévouement exemplaire.

Mais aussi les caissières de supermarché ou de magasins alimentaires, les préparateurs de livraison, les routiers et livreurs, les éboueurs, les techniciens de l’énergie, des réseaux de communication, du cycle de l’eau, …tous les métiers indispensables à nos vies quotidiennes, ceux sans qui l’intendance ne suit pas, nous qui sommes habitués à ce qu’elle soit assurée comme l’eau coule du robinet lorsqu’on le tourne.

C’est l’un des enseignements de cette crise du Covid-19 : avoir mis en lumière non les capitaines d’industries, comme lors des krachs boursiers ou des crises économiques, mais les « soutiers de l’économie », ces matelots en charge d’alimenter en charbon la chaufferie dans la soute de nos navires, autrement dénommés les « key workers » ou travailleurs clés …

 

Crise dans un monde mobile et unique : le traumatisme

C’est donc un ennemi de l’ordre du micron qui confine nos sociétés, terrasse nos économies et anéantit nos échanges, le COVID-19. La logique du plus petit est parfois celle du plus fort… et le plus fort dépend tout autant du plus faible que l’inverse : un paysan chinois serre la main d’un commerçant sur le marché de WuHan et les grands de ce monde tremblent quelques semaines après.

Nous affrontons une crise au double sens du terme : au premier sens étymologique du mot, celui de la manifestation brutale d’une maladie ; comme au deuxième, celui de sa racine grecque, « jugement, décision ». Une crise est un moment clé, qui amène à une prise de décision. Laquelle prendrons-nous ?

 

 « (…) La pandémie du COVID-19 interpelle clairement nos modes de vie, de consommation, de production. Elle révèle de façon paroxystique (et c’est bien la caractéristique d’une crise) deux grandes caractéristiques de notre monde : sa mobilité et son unicité. (…) »  

 

La pandémie du COVID-19 interpelle clairement nos modes de vie, de consommation, de production. Elle révèle de façon paroxystique (et c’est bien la caractéristique d’une crise) deux grandes caractéristiques de notre monde : sa mobilité et son unicité.

Nous le savons depuis longtemps déjà, nous ne sommes plus dans un monde de sédentaires. Le déplacement, le nomadisme sont notre quotidien, la mobilité notre réalité. Elle se double d’un don d’ubiquité dont internet nous a dotés : le temps et les distances sont abrogés. Face au COVID-19, cette ubiquité nous sert et cette mobilité nous dessert.

Les sept milliards d’individus sur la planète vivent dans un monde unique, marqué par l’inter-dépendance : l’action de chacun impacte les autres. Le COVID-19 en exprime une traduction crue et éminemment visible « je serre la main, je transmets, j’augmente le nombre de cas … et de morts ». Face à notre tendance à réduire les gens à des abstractions langagières ou statistiques, la pandémie réincarne les statistiques. D’autres situations nous l’avaient déjà montré il y a quelques années, comme la canicule de 2003 et ces milliers de victimes parmi les personnes âgées… Ici, en plus, de montrer des personnes qui souffrent, qui meurent, il y a la contagion et la peur de la mort qui rôde. 

 

Après le trauma, la réaction solidaire collective et décloisonnée

La société multiplie les réactions de solidarité. Résilience ou instinct de survie, la population n’est pas restée amorphe.

Dans ces réactions, il y a manifestement une prime à l’intelligence collective, fondée sur la confiance, aux initiatives décentralisées, provenant de la base, au collaboratif. La gestion de la crise ne se fait pas uniquement sur le registre de la verticalité, de l’organisation pyramidale des institutions, mais tout autant sur celui de l’horizontalité et d’une grande transversalité. Bien des initiatives de la base sont exemplaires et reprises au plus haut niveau.

 

« (…) En ces temps de confinement face à la pandémie, si l’action peut être individuelle, elle ne prend tout son sens que collectivement, marquée par la solidarité, donc l’inter-dépendance aux autres (…) »  

 

En ces temps de confinement face à la pandémie, si l’action peut être individuelle, elle ne prend tout son sens que collectivement, marquée par la solidarité, donc l’inter-dépendance aux autres. En effet, comme l’écrit Cynthia FLEURY, philosophe et psychanalyste, professeur au CNAM, responsable de la chaire « Humanités et santé » dans Le Monde du 26 mars 2020 : « L’autonomie se construit sur la dépendance aux autres ».

C’est sans doute une réflexion à conserver dans nos modes de gestion et d’organisation : permettre l’initiative, l’encourager, par la transversalité, la synergie : sortir des logiques de silos, de métiers, quitter nos réflexes culturels hérités d’un taylorisme infusé dans toute la société.

Le confinement révèle également un aspect étonnant des mesures prises : elles illustrent grandeur nature l’impact de la responsabilité individuelle dans une action collective : je reste chez moi, nous restons chez nous, et je constate immédiatement l’impact sur la vie : plus de circulation, plus de bruit, plus de consommation. Comme une gigantesque « class action » en direct sous nos yeux : le poids de l’action collective comme nos générations européennes ont rarement eu l’occasion de le voir à l’œuvre.

 

Premiers enseignements de crise

Fouad AWADA, directeur général de l’Institut Paris Région (IPR, membre de la FNAU), architecte et ingénieur ENPC qui a travaillé au Liban comme en France sur la gestion de situation de crises, identifie quelques enseignements stratégiques pour nos territoires :

  • Le rapatriement et/ou l’identification d’activités économiques liées aux équipements et matériels de soins pour répondre aux situations d’urgence (crise sanitaire comme celle que nous traversons ou crises climatiques, type inondations - barques, pompes - ou canicules - climatiseurs, ventilateurs, …).
  • La nécessaire optimisation des chaînes logistiques d’approvisionnement.
  • L’obligation de mieux assurer l’hébergement des « key workers ».
  • L’attention à la prise en charge des personnes fragiles.
  • L’enjeu des circuits courts (alimentaires tout comme l’ensemble de l’économie circulaire pour les approvisionnements de première nécessité).

Nous nous permettons d’ajouter à cette liste la vérification d’un équipement informatique équitablement réparti au sein de la population et la préservation des débits internet, facteurs devenus indispensables à la gestion d’une crise et dont le caractère primordial est apparu comme une évidence à l’heure du confinement. Malheur à ceux qui n’étaient pas prêts ou préparés …

 

Des débats qui s’ouvrent

La condamnation du « globalisme » est tentante alors que l’on sait l’origine lointaine du virus et sa propagation par les canaux des échanges mondiaux. Et de tresser les louanges du localisme, du nécessaire retour à nos frontières, qu’elles soient européennes, nationales ou régionales. Ne risque-t-on pas de céder aux sirènes du repli sur soi, de l’auto-centrisme ? Le « global », s’il est indéniablement lié à cette crise, apporte aussi des solutions à la pandémie : transfert de malades, approvisionnements de certains produits ou équipements, internet, … Jérôme BARATIER, directeur de l’Agence d’Urbanisme de Tours, suggère qu’il nous faut inventer de nouvelles articulations entre le proche et le lointain, entre les différentes échelles. De nouveaux équilibres sont à trouver pour nos territoires.

Autre débat qui pourrait bien s’ouvrir à la lumière de cette crise sanitaire, celui des risques liés à la densité, laquelle pourrait bien être rejetée en première instance, assimilée à la promiscuité, favorisant la diffusion des maladies. Là-encore, soyons vigilants à éviter les raccourcis. Le Japon, dont on peut dire que la culture urbaine est construite sur une forte densité, enregistrait au 13 avril 7545 cas de Covid-19 et 140 décès depuis l’apparition du virus mi-janvier.

 

« (…) le débat déjà ouvert du maillage de nos territoires doit absolument se poursuivre pour l’accès de tous aux « biens communs » sachant que l’on constate une extension du domaine des biens communs (ou de première nécessité…). L’accès aux soins est clairement mis en lumière, mais plus largement celui aux services, qu’ils soient publics ou privés (…) »  

 

Amer constat que révèle le confinement, le logement dans cette situation, comme l’écrit Pierre HAMELIN directeur SOLIHA Béarn, peut se révéler un cocon ou un enfer. Le surpeuplement, l’indignité, l’indécence, l’insalubrité, l’isolement numérique, creusent les inégalités encore plus fortement en période de confinement.

Le lien urbanisme et santé a été quasi rompu il y a 70 ans, à la Reconstruction. Persuadés que nous refondions des villes salubres et fonctionnelles, nous avons consacré le règne sans appel du fonctionnalisme, de la logistique des infrastructures, puis celui de la beauté des aménagements et des constructions. Oubliée la ville refuge, la ville bien-être : place à la ville organisée, planifiée, fonctionnalisée, goudronnée, raccordée, « réseautée ». Il y a sans doute un mouvement de balancier à opérer vers plus de diversité, de biodiversité, de mixité, de salubrité, de qualité et de bien-être, objectifs qui ne doivent pas rester des injonctions mais se traduire concrètement dans nos espaces urbains.

Plus que jamais l’urbanisme et la santé iront de pair.

Enfin, le débat déjà ouvert du maillage de nos territoires doit absolument se poursuivre pour l’accès de tous aux « biens communs » sachant que l’on constate une extension du domaine des biens communs (ou de première nécessité…). L’accès aux soins est clairement mis en lumière, mais plus largement celui aux services, qu’ils soient publics ou privés.

 

Il nous faudra agir juste

Bien sûr, il faut d’abord vaincre la maladie et, sur ce registre, nous sommes en guerre. Mais, à terme, ne nous trompons pas de combat. Il ne s’agira pas de mobiliser nos industries pharmaceutiques et nos chercheurs à nous immuniser et à traquer tous les agents pathogènes. Il s’agira de changer nos modèles de consommation, de production, d’aménagement : ce n’est pas seulement sur les maladies qu’il faut agir mais sur les causes que nous générons pour leur apparition et leur développement.

 

« (…) Il s’agira de changer nos modèles de consommation, de production, d’aménagement : ce n’est pas seulement sur les maladies qu’il faut agir mais sur les causes que nous générons pour leur apparition et leur développement (…) »  

 

Lorsque la pandémie sera vaincue, cèderons-nous individuellement et collectivement aux invitations, si ce n’est aux injonctions, visant à doubler, tripler, décupler notre consommation pour relancer la machine économique ? Aurons-nous des comportements boulimiques et orgiaques après les restrictions du confinement ? Qu’aurons-nous appris ? Rien de plus énervant que les « yaka - fau kon », nous le savons …

Nous formulons pourtant un vœu : nous espérons que nous ne sacrifierons pas à la reprise économique les exigences environnementales et de santé dans les projets d'aménagement. Elles devront au contraire nous guider vers un autre modèle de croissance La croissance économique sera bien sûr nécessaire. La question est « quelle croissance ? » Déjà, les « capitaines d’industrie » appellent à redoubler d’efforts pour rattraper les pertes de croissance. Selon l’économiste Daniel COHEN, le Grand Confinement va accélérer l’avènement d’un capitalisme numérique, déjà bien installé avec les « GAFA ». Ce capitalisme réduit les interactions physiques, les dématérialise même, parfois jusqu’à outrance. En même temps, le confinement incite aux circuits courts d’approvisionnement, lesquels utilisent le Numérique pour exister et se développer. Le meilleur comme le pire ?

Il est possible que nous trouvions un développement à la fois Humaniste, Vert et Numérique.

La crise du Covid-19 met indubitablement à l’épreuve nos territoires. Et leur capacité de résilience est exceptionnelle : nous avons tous vus la réactivité exceptionnelle des services de première nécessité assurés par les Intercommunalités et les Collectivités Territoriales : ramassage des déchets, accompagnement des personnes fragiles, maintien des services de l’eau, des transports pour les travailleurs clés. Nous avons tous vu des entreprises changer leur modèle de production en quelques jours, s’appuyer sur un réseau de partenaires, et se mettre à produire des masques, du gel hydro alcoolique ou des moteurs de pompes pour respirateurs artificiels ! Alors pourquoi pas de telles mobilisations, de telles reconversions pour des modèles plus économes en ressources, en énergie, des modèles plus circulaires, plus solidaires ?

 

Utiles anticipations de l’AUDAP et interpellations post-Covid

Par chance, l’AUDAP s’était outillée et avait effectué en 2019 des investissements qui se sont révélés utiles : nouveau serveur, débit augmenté, matériels informatiques renouvelés pour beaucoup. Cela a facilité notre mise au télétravail à 100% de l’équipe dès l’annonce du confinement. La pratique déjà développée du télétravail au sein des équipes a aussi été un atout sérieux pour entrer dans le confinement.

 

« (…) Concernant nos thèmes de travail ou nos angles d’approche, l’Agence avait défriché en 2019 quelques sujets qui trouvent aujourd’hui un écho dans l’actualité dramatique que nous traversons : Santé, villes et territoires (..), Numérique et Stratégies Territoriales (…), Métabolisme territorial (au travers de la gestion des déchets du BTP, mais aussi des prémisses de réflexion sur l’agriculture de proximité), Revitalisation territoriale et attractivité des polarités (mise au point d’un Indice de Vitalité Relative, …). Le post-Covid-19 doit nous faire creuser ces sillons dégagés, fertiliser ces champs défrichés ; ces « nouveaux » thèmes devront éclairer nos différents objets de travail. (…) »  

 

Concernant nos thèmes de travail ou nos angles d’approche, l’Agence avait défriché en 2019 quelques sujets qui trouvent aujourd’hui un écho dans l’actualité dramatique que nous traversons : Santé, villes et territoires (avec des contacts avancés avec les Centres Hospitaliers de Pau et de Bayonne, un partenariat avec l’ARS –Agence Régionale de Santé- qui se tisse en 2020), Numérique et Stratégies Territoriales (avec un cycle des Cahiers de l’Audap et une mission auprès du SCOT Grand Pau), Métabolisme territorial (au travers de la gestion des déchets du BTP, mais aussi des prémisses de réflexion sur l’agriculture de proximité), Revitalisation territoriale et attractivité des polarités (mise au point d’un Indice de Vitalité Relative, …).

Le post-Covid-19 doit nous faire creuser ces sillons dégagés, fertiliser ces champs défrichés ; ces « nouveaux » thèmes devront éclairer nos différents objets de travail.

C’est dans ce cadre que les équipes de l’AUDAP sont invités à interroger leurs thématiques, leurs champs de compétences à la lumière crue de cette crise du Covid-19 : comme toutes les situations paroxystiques, elle éclaire des sujets qui pouvaient passer jusqu’ici pour « secondaires », « non prioritaires ».

 

L’actualité de notre Contrat-Projet d’Agence affirmée

A l’heure de cette crise du Covid-19, nous voulons dire notre conviction que notre Contrat-Projet d’Agence est plus que jamais d’actualité : plus que jamais, il nous faut décrypter, éclairer défricher pour nos Membres.

Le philosophe Zlavoj ZIZEK écrit que, dans cette situation, nous devons « inventer de nouvelles formes d’activité centrées sur le commun » : nous entendons « centrées sur le bien commun » et aussi « sur le collectif ».

 

« (…) La direction prise l’année dernière est la bonne : renforcer notre ancrage territorial, dialoguer à l’échelle du sud aquitain, construire une ouverture partenariale vers de nouveaux adhérents, investiguer de nouveaux champs de compétences (…) »  

 

La direction prise l’année dernière est la bonne : renforcer notre ancrage territorial, dialoguer à l’échelle du sud aquitain, construire une ouverture partenariale vers de nouveaux adhérents, investiguer de nouveaux champs de compétences.

Le tout en ayant le souci du concret, du pré-opérationnel, voire de l’opérationnel, nourri bien sûr par la richesse de nos réflexions et de nos expériences.

Bien sûr, la crise du Covid-19 nourrira notre Contrat-Projet : nous devrons accompagner nos Membres pour tirer des enseignements, identifier des axes de travail stratégiques, les aider à amortir au mieux les conséquences d’une récession inévitable mais peut-être salutaire sur certains registres.

 

« (…) L’Agence se veut plus que jamais au service de ses membres. Son mot d’ordre « jouons collectif » vient en écho au mot d’ordre étendard de cette crise sanitaire : solidarité (…) »  

 

L’Agence se veut plus que jamais au service de ses membres. Son mot d’ordre « jouons collectif » vient en écho au mot d’ordre étendard de cette crise sanitaire : « solidarité ». Sa volonté d’offrir une « plateforme de collaboration et d’échanges » vient en écho au concept de « transversalité collaborative » qui démontre son efficacité au quotidien dans cette épreuve. Ces valeurs que nous prônons sont au cœur des réponses à la crise que nous traversons.

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